«Le poète qui inventait des logiciels…»
(Réginald Martel, La Presse, 7.6.92) Louis-Philippe Hébert est né le 20 décembre 1946,
à Montréal, dans ce qui est aujourd'hui l'arrondissement Verdun. À onze ans, il s'éloigne de sa famille – qui s'est établie
dans une petite ville de banlieue – pour faire des études classiques dans la métropole. Il est étudiant au
Collège Sainte-Marie et il écrit ses premiers textes. À treize et quatorze ans, il publie des recueils de poèmes et de
nouvelles à tirages limités et en fait la promotion auprès de ses camarades. Il écrit aussi des textes pour la scène et il
s'intéresse au théâtre avec André Brassard. Ses premiers poèmes et textes en prose seront repris dans des revues européennes
à l'âge de seize ans; il est alors pensionnaire au Collège Jean-de-Brébeuf. Durant ses études,
il travaille en librairie à La Maison du livre de la Place Ville-Marie.
À vingt ans, paraît son premier livre, Les Épisodes de l'œil, publié aux
Éditions de l'Estérel. Nous sommes alors en mai 1967, à quelques jours de l'ouverture de l'exposition internationale de Montréal, Expo 67. Louis-Philippe Hébert travaille pour l'Office national du film.
Il sera assistant à la caméra, en ligne droite devant le balcon de l'Hôtel-de-ville de Montréal, quand le Général De Gaulle
prononcera son célèbre cri : «Vive le Québec libre!». Louis-Philippe Hébert vient alors de
recevoir son baccalauréat ès arts de l'Université de Montréal. Par la suite, il enseignera, dans la première
école polyvalente construite au Québec, la deuxième année du secondaire tout en poursuivant ses études de maîtrise en Lettres à
l'Université de Montréal et à l'Université du Québec à Montréal. Il collabore
alors à des émissions de télévision éducative à Radio-Canada. Il travaille aussi pour les Éditions du Jour,
où il est lecteur et correcteur. En 1970, Louis-Philippe Hébert publie Les Mangeurs de terre, poèmes en prose
où la révolte le dispute au défi. La parution de ce livre est suivie en 1971 par un fort
volume de 350 pages, Le Roi Jaune, où la fantaisie et la fiction occupent une large part,
tout comme le cheminement intérieur vers l'élaboration d'un nouveau langage. Louis-Philippe Hébert se lance alors dans une
entreprise de déconstruction de la langue pour recréer un nouveau moyen d'expression par une reconstruction où la logique
du poème l'emporte. Tout en continuant de collaborer aux Éditions du Jour puis aux Éditions de
l'Aurore où il dirige des collections, Louis-Philippe Hébert devient alors éditeur aux Archives Nationales
et à la Bibliothèque nationale du Canada, puis rédacteur et chef des services
d'information pour divers ministères. Il publie coup sur coup Le petit Catéchisme, Récits des temps
ordinaires puis, en 1974, Le Cinéma de Petite-Rivière, Textes extraits de vanille et, en 1975,
Textes d'accompagnement. Durant ces années, il collaborera à de nombreuses revues littéraires, écrira des textes
pour des émissions radiophoniques à la radio culturelle de Radio-Canada, concevra des jeux pédagogiques, fera du
journalisme comme collaborateur au journal Le Devoir, notamment. En 1976,
Louis-Philippe Hébert s'installe dans une ferme près du Richelieu; membre du MAB (le Mouvement pour l'agriculture biologique),
il suit des cours d'agriculture biologique donnés dans les locaux de l'École d'agriculture de Saint-Hyacinthe.
Il exploite sa ferme sous forme d'entreprise ovicole, privilégiant l'approche organique : les animaux sont en totale liberté et ne
sont nourris que de produits naturels. À la même époque, il s'entoure d'ordinateurs, apprend la programmation
et, grâce à une utilisation novatrice de ce que l'on appellera plus tard les nouvelles technologies de l'information, il produira une
quantité phénoménale de textes pour la radio, l'éducation, l'audio-visuel, la publicité, le cinéma et il rédigera même des feuillets
d'information pour la Bourse en plus de faire de multiples traductions. Cette année-là(1976), il publie
un livre intitulé La Manufacture de Machines. Sous ce titre, sont regroupées des nouvelles qui ont la particularité d'être
toutes parentes, ayant chacune été écrite autour d'une invention de l'auteur, constituant une véritable métaphore de la société à venir.
En 1979, il publie Manuscrit trouvé dans une valise où il explore l'univers du
cinéma par sa mécanique même. Ce sont les rapports entre la réalité et la perception qui l'incitent à démonter le fonctionnement du
cinéma et à en exploiter les principes sur le mode de la fiction. À la lecture de ses textes, on a souvent évoqué Kafka, Borgès, Cortazar, Michaux et Roussel.
1980-1981 : Louis-Philippe Hébert fait des tournées de conférences et prend part à des colloques en Europe
et en Amérique, saisissant chacune des tribunes qui lui sont offertes pour annoncer l'impact de l'informatique sur la culture et la
vie quotidienne, et pour défendre le droit des peuples à programmer leurs propres machines plutôt que d'être programmés par elles.
Identifiant clairement le rôle culturel qu'aurait à jouer l'ordinateur, il prononcera durant ces années de multiples conférences et
participera à plusieurs ouvrages collectifs. Il prendra part, notamment, au colloque de Cerisy sur la littérature
québécoise avec un texte-choc intitulé La Mécanisation de l'écriture. À la même époque,
il écrit des pièces de théâtre radiophoniques; il est aussi chroniqueur et commentateur de livres étrangers, scripteur et réalisateur aux
émissions culturelles à la radio de Radio-Canada. Puis, il dirige brièvement les Éditions du Jour.
Durant trois ans, il enseignera, parfois simultanément, la création littéraire à l'Université Laval, à l'Université
du Québec à Chicoutimi et à l'Université d'Ottawa. En 1982, dans un geste rimbaldien,
Louis-Philippe Hébert tourne le dos au monde du livre et lance, à Montréal, la société Logidisque, la première maison d'édition
de logiciels en français pour micro-ordinateurs. Au cours de son développement, il fait appel à la collaboration d'universitaires comme Jean Gobeil,
Jean-Pierre Vidal et Jean-Yves Lescop, de pédagogues comme Gilles Fortier et Serge Berthelot, de chercheurs et d'ingénieurs comme Francis Malka et
Hubert Manseau, mais aussi de poètes, d'écrivains et de journalistes comme André Roy, Roger Des Roches, Jacques Hurtubise et Yves Leclerc. En quelques mois, la maison impose sa production à l'échelle internationale. Ses logiciels sont
exportés vers le Japon et l'Angleterre (Les Aventures d'Arsène Larcin), vers les Etats-Unis (L'Écrivain public,
commercialisé à des centaines de milliers d'exemplaires dans le marché américain sous le nom de Better Working Word Processor), vers l'Europe
(le premier correcteur grammatical en français fut une de ses créations : HUGO). Logidisque publie aussi des outils de
bureautique : Magicien (base de données), Secrétaire Personnel (traitement de texte), Magiciel (logiciel
comptable) et des outils pédagogiques aux sujets révolutionnaires pour l'époque (Les MTS, comment les éviter).
Tout naturellement, la maison publiera et diffusera plusieurs outils d'écriture et d'analyse de texte comme Lilas et
Le Grammairien (Technogram), Test de closure (Gilles Fortier et Serge Berthelot),
L'Écrivain public (Roger Des roches), Secrétaire personnel (France Rainville et Odette Lavigne), Communication
écrite (Christian Vandendorpe). Mais c'est dans la recherche et le développement de HUGO, puis de HUGO PLUS
(Hubert Manseau, Francis Malka, Roger Des Roches) que Louis-Philippe Hébert et son équipe investiront de plus en plus d'énergie et de créativité.
Outil de correction intégrale du français écrit, l'ingénierie de HUGO était d'abord fondée sur une véritable grammaire
des exceptions puis, dans une volte-face en cours de recherche, elle mena à l'élaboration d'une grammaire de règles. Salués comme des innovations de génie
et primés à plusieurs reprises, HUGO suivi de HUGO PLUS contribuèrent à la renommée de Logidisque dans tous les pays de langue
française : le Canada et la France, bien évidemment, la Suisse, la Belgique et les pays francophones d'Afrique. Le logiciel s'imposa aussi aux
utilisateurs des pays anglo-saxons chez les francophiles, les étudiants et les gens d'affaires. Ce succès mena au développement d'un HUGO
de langue anglaise qui fonctionnait de pair avec la version française et pouvait détecter s'il était en présence d'un texte écrit en
français ou en anglais. À la suite d'une entente conclue en 1992 avec la firme Microsoft, le
moteur de correction orthographique et grammatical de HUGO est intégré aux versions courantes du logiciel de traitement de
texte WORD et devient ainsi, à cette époque et peut-être même à ce jour, le logiciel conçu et créé en français le plus répandu au monde.
En 1987, Louis-Philippe Hébert fonde les Éditions Logiques et marque ainsi son retour au livre en
publiant des guides d'apprentissage de l'informatique (MS-Dos simplifié) et, très tôt, des ouvrages
sur l'impact de l'informatique (Le Guide de l'internaute), des essais sur une approche systématique
de l'enseignement (Pour un Enseignement stratégique), des livres de science-fiction (Berlin Bangkok),
puis des romans (Les Parapluies du diable), et des ouvrages de littérature générale (L'intracostale) ainsi
que des traductions de best-sellers américains (Les Hommes viennent de Mars, les Femmes viennent de Vénus, tirés à plus de 500,000
exemplaires). En moins d'une quinzaine d'années, la maison d'édition publiera pas moins de 1000 titres. Durant ces années, Louis-Philippe Hébert
écrira d'innombrables conférences, essais et textes journalistiques qui seront reproduits dans des ouvrages collectifs, des revues et des journaux. Ses textes de création
resteront confidentiels. À l'automne de 1996, Louis-Philippe Hébert a quarante-neuf ans. Il joint ses sociétés d'édition,
d'informatique et de distribution, qui comptent une soixantaine d'employés, à une multinationale de la communication Publications Transcontinental.
Cette faute d'accord aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. En moins d'un an, la multinationale transfèrera la propriété du Groupe Logique à une autre multinationale et Louis-Philippe Hébert vouera ses énergies à l'intégration du groupe à l'intérieur de Quebecor média. Louis-Philippe Hébert avait prévu prendre la distance nécessaire pour continuer la publication de son œuvre tout en donnant à ses entreprises des assises financières qui leur permettront de se développer à l'échelle internationale. Pendant les 6 années qui vont suivre, cependant, il assumera sans relâche la direction de ses sociétés, puis des Éditions Logiques seules dont il restera le président. En 2002, à l'âge de 55 ans, il quitte le monde de la gestion et de l'administration, et il reprend sa liberté de manœuvre pour se consacrer à l'écriture et à de nouveaux projets de création. En cinq ans, il produira pas moins de dix livres. Une véritable frénésie d'écriture s'est emparée de lui. Louis-Philippe Hébert module avec passion une langue qui lui sert si bien à décrire des univers nouveaux, rigoureux ou fantaisistes, différents mais pourtant si résolument près de nous – une langue enrichie par la science et la technologie, par de multiples contacts internationaux et par une vie d'aventures comme seul peut en vivre un homme qui chevauche deux siècles. Déjà, un recueil de poèmes de 300 pages intitulé Le Livre des Plages paraît au printemps 2007. Louis-Philippe Hébert y évoque l'âge de ses onze ans et toutes les répercussions de cette époque sur le cours de la vie. La Presse a salué «un livre plein d'odeurs et de goûts, où tous nos sens sont mis à l'épreuve jusqu'au vertige» (l'article au complet est reproduit dans la section on parle de nous). Raymond Cloutier de Radio-Canada a dit : «Louis-Philippe Hébert, vous avez écrit un livre fantastique qui m'a beaucoup, beaucoup touché». À l'automne 2007, paraîtra un roman La Séparation que son auteur, Louis-Philippe Hébert, présente ainsi : «C'est le roman d'une ville. Une ville qui est convoquée au tribunal de la Vérité absolue. Une ville qui, en une journée, doit rendre compte de tout ce que ce monde artificiel comporte de solitude, d'errance, de destruction et de violence. C'est aussi le roman d'un amour.» En 2008, paraîtront deux nouveaux livres : un recueil de poèmes Carnets de guerre et un recueil de nouvelles Il n'y a pas de vie sans histoires. Trois autres livres suivront : Sommeil, soleil noir (poésie), Belvedere Hotel (poésie) ainsi qu'un essai portant sur les technologies et sur L'angoisse scientifique. Viendront par la suite un ouvrage en préparation qui porte le titre provisoire de Cirques (poésie) et le livre Comment je suis devenu un surhomme (roman). Et Louis-Philippe Hébert voit toujours à donner corps à un projet qui lui était très cher depuis longtemps, celui d'accorder ses lettres de noblesse à un art nouveau, différent et accessible à tous. En 2003, Louis-Philippe Hébert lance à Montréal la première galerie consacrée aux objets de collection dérivés de la bande dessinée, du cinéma, du dessin animé et du jeu vidéo. Véritable affirmation d'une nouvelle culture et d'un art profondément ancré dans l'enfance, la fantaisie et l'imaginaire, la Galerie LUNIVER & CIE est un lieu moderne ouvert sur toutes les cultures et tous les pays. C'est ainsi que, sous les regards de toutes les bonnes fées marraines LUNIVER & CIE a vu le jour en décembre 2003. Depuis, la Galerie est devenue le point de rencontre de tous les collectionneurs; certains l'abordent en demandant à ses experts de les conseiller sur les dernières nouveautés, d'autres confient à ces mêmes experts le soin de trouver la pièce rare, impossible à dénicher sauf chez LUNIVER & CIE. --------------------------------------------------------------------------------------------------------- Louis-Philippe Hébert est membre de l'UNEQ, l'Union des écrivaines et écrivains du Québec, depuis sa création en 1977. Il a été, de 1982 à 2002, membre de l'Association nationale des éditeurs de livres. Il a reçu en son nom et au nom de ses entreprises plusieurs prix soulignant son apport aux nouvelles technologies de l'information et à la présence d'une langue française de qualité dans le monde. Plus d'une dizaine de fois honoré par Fierté Montréal, il a aussi obtenu des honneurs décernés par la Fédération informatique du Québec et par L'Office de la langue française. En 1985, il a été reçu par le gouvernement du Québec membre de L'Ordre des francophones d'Amérique pour couronner la qualité du français de l'ensemble de son œuvre autant littéraire qu'informatique. Il a fait partie de plusieurs conseils d'administration, dont celui du CIEQ (conseil de l'industrie électronique du Québec), celui de l'APLQ (association des producteurs de logiciels du Québec), celui d'APO-Québec (applications pédagogiques de l'ordinateur). Il a été membre du conseil d'administration du FICC (fonds d'investissement de la culture et des communications) de 2004 à 2006. Louis-Philippe Hébert a participé à de multiples missions et expositions à l'étranger : Tokyo, New York, Chicago, Los Angeles, Paris, Madrid, Barcelone, Genève, Lausanne, Rome, Milan, Le Caire et Alexandrie (2004). Il a été président-directeur général de Logidisque inc., de Les Éditions Logiques inc. et d'Une Logique naturelle inc. Il est actuellement président de Luniver et compagnie inc. et d'Amérique Réalité inc. |